Possible danger pour les générations futures

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Le 29 mars dernier, après une évaluation environnementale, la Commission canadienne de la sûreté nucléaire a donné son aval à un projet proposé par les Laboratoires nucléaires canadiens, ayant pour but d’aménager un monticule de déchets radioactifs à Chalk River, en Ontario. Les responsables affirment que les millions de déchets ne seraient pas enfouis sous terre, mais plutôt déposés sur une colline aménagée à une hauteur de 18 mètres et faisant 16 hectares de superficie. Le site prévu est à moins d’un kilomètre de la rivière des Outaouais. Étant un des principaux affluents du fleuve St-Laurent, cette rivière constitue une excellente source d’eau potable pour de nombreux Canadiens.

Ainsi, de nombreux intervenants s’opposent au projet, puisqu’une éventuelle fuite pourrait avoir de graves répercussions sur la qualité de l’eau des environs. David Boiley, un physicien nucléaire français, croit qu’installer un monticule de la sorte aussi près d’une source d’eau est une très mauvaise décision : « Le pire qui puisse arriver à un déchet radioactif, c’est de baigner dans l’eau. »

En effet, selon lui, les éléments radioactifs se dissoudront dans l’eau, seront emportés par le courant et finiront par sortir du site de stockage et se répandre ailleurs. Le physicien s’étonne aussi qu’il n’y aura pas de toit sur le monticule pendant le remplissage du site. Cela permettrait d’empêcher la pluie et la neige d’entrer à l’intérieur de l’installation. Si une telle infiltration avait lieu, les déchets pourraient contaminer les eaux de pluie, les eaux souterraines ou la rivière des Outaouais.

Le groupe de scientifiques responsables du projet a réfuté cet argument en affirmant qu’aucun produit toxique ne serait en contact avec l’eau. Ils ont justement installé le site en hauteur pour éviter qu’une telle chose arrive. Ils ont aussi prévu de construire une fondation, composée de géomembranes et d’argile, de deux mètres d’épaisseur pour éviter toute pénétration souterraine des eaux. Le vice-président de la gestion des déchets aux Laboratoires nucléaires canadiens, Kurt Kehler, a renchéri sur le sujet :   « Nous avons un système de drainage et un système de détecteur de fuites sous la membrane. Toute l’eau qui s’échappe sera récupérée et entièrement traitée avant d’être libérée dans l’environnement. »

En théorie, l’installation restera étanche pendant les 500 prochaines années pour permettre à la majorité des déchets de perdre leur radioactivité. Cependant, les opposants persistent à croire que l’installation n’est pas entièrement sans danger, puisque, à l’intérieur du monticule, il y aura présence d’une certaine quantité d’isotopes de plus longue vie, comme le plutonium 239. Ces isotopes restent radioactifs pendant plusieurs milliers d’années, ce qui représente un problème pour l’écosystème canadien pour le long terme.

Le projet pourrait aménager un million de mètres cubes de déchets d’ici 2070. Une telle ambition pourrait mettre à risque de nombreuses générations. Il est donc important que l’opinion de tous soit prise en considération avant d’empiler des tonnes de déchets toxiques sur le territoire canadien.

Après Paris, le charbon et les pipelines, l’EPA s’étouffe ; Trump et Pruitt exhalent

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L’administration américaine s’apprête à faire marche arrière sur une autre législation environnementale passée sous Obama. Un pas vers l’avant pour l’industrie automobile, un recul pour les politiques de protection environnementale.

Après l’Accord de Paris, la déréglementation de l’industrie du charbon et la fin du « Clean Power Act », voilà qu’on s’apprête à détricoter un autre « fardeau réglementaire » de l’ère Obama. L’administration Trump ne finit plus de mettre la hache dans les politiques environnementales de son prédécesseur.

Et pour cause. Le trois avril dernier, le New York Times révélait que l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) serait sur le point de faire marche arrière sur une législation passée sous Obama. Au départ, la loi en question devait encadrer l’industrie automobile par des normes anti-polluantes.

Or, Scott Pruitt, l’homme à la tête de l’EPA depuis janvier 2017 — qui est par ailleurs connu pour son climato-négationnisme — en a fait l’annonce début avril : ce « fardeau » qui pèse sur les constructeurs automobiles doit tomber, croit-il. La raison?

En plus d’être « irréaliste », le projet d’Obama visant à limiter les gaz à effet de serre émanant des automobiles comporte, selon Pruitt, des attentes « trop élevées ».

Dans un document de 38 pages rendu public début avril, M. Pruitt justifie la rétroaction de l’EPA vis-à-vis des politiques environnementales imposées au secteur automobile en martelant que celui-ci était « durement » touché par les diverses normes manufacturières. La moitié du document est par ailleurs consacrée à des citations d’arguments venant du lobby automobile, qui vient s’opposer à la réglementation d’Obama.

« L’EPA veut établir de nouvelles normes nationales qui permettraient à l’industrie automobile d’offrir des véhicules abordables aux consommateurs », soutient Scott Pruitt.

Or, selon plusieurs observateurs, cette nouvelle politique constitue un important recul en matière de protection de l’environnement.

Sans précédent, cette nouvelle mesure — si elle est adoptée —, s’inscrit notamment dans ce tournant d’autodestruction qu’est en train de prendre l’EPA, depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Il faut dire que depuis un an, l’Agence est asphyxiée par la nouvelle administration Trump. Et les réglementations environnementales partent en fumée. Le « Clean Power Act », signé en 2015, a été abrogé par Trump. Nombre de projets d’oléoducs sont passés au vert. Le président américain a donné son aval au projet Keystone XL — qui avait été verrouillé sous Obama. En un an à peine, plus de 700 employés ont quitté l’EPA — 200 d’entre eux étaient des scientifiques. Depuis mai 2017, le conseil scientifique de l’EPA est constitué d’une écrasante majorité de représentants de l’industrie pétrolière. Les règles environnementales mises sur pied pour encadrer l’industrie du charbon ont elles aussi été sabrées.

Sabrer dans la fierté

Sabrer dans la fierté, voilà l’adage auquel semble s’accrocher le nouveau gouvernement américain. « Nous avons éliminé plus de régulations en un an que n’importe quelle autre administration dans toute l’histoire des États-Unis » avait martelé Donald Trump lors de son discours devant le Congrès, le 31 janvier dernier.

Ses déclarations antérieures sur la question des changements climatiques ont défrayé la manchette, au cours des dernières années. En plus d’être un « canular », le bouleversement climatique ne serait qu’une « invention » de la Chine, avait-il dit durant la campagne électorale en 2016.

Durant cette même campagne, M. Trump avait promis de retirer unilatéralement les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat (COP21).

Et il est bien passé de la parole aux actes. En mai 2017, Donald Trump avait rayé son pays du traité climatique, en mettant l’argument économique de l’avant pour justifier le retrait. Prendre le virage de « l’Amérique d’abord » conduit le président américain à l’isolationnisme de son pays vis-à-vis de la scène internationale. Mais s’isoler a un prix : celui de traîner le boulet du deuxième plus gros pollueur du globe.

Une planète qui redevient bleue

Vous avez pris ce journal et vous avez commencé à le lire, avec peut-être l’impression que le thème de cette édition, le jour de la Terre, abordera ad nauseam les mêmes sujets : qu’il faut protéger l’environnement, que nous n’avons qu’une seule planète et patati et patata ; bref, toujours des cris alarmistes que nous courons droit vers la catastrophe. C’est parfois l’impression que plusieurs ont avec toutes ces nouvelles assez négatives. À longueur de journée, le moral peut être au plus bas. Mais y a-t-il des news plus positives? Eh bien, OUI!

Conservation de la biodiversité :

Admettons que vous naviguez sur Wikipédia et que vous cherchez une espèce en particulier. Sur la côté droit de la page se trouve une photo de l’animal avec plusieurs caractéristiques… dont une mention « en danger », « éteinte au niveau mondial » ou « préoccupation mineure »… cela vous dit-il quelque chose? Eh bien, cette classification fait partie des différentes catégories de la liste rouge de l’UICN.

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Nouveauté : une liste verte d’espèces de l’UICN a été proposée. Cette liste montrera les espèces avec des populations signifiantes qui interagissent avec l’écosystème dont elles font partie. Après tout, la conservation n’est pas seulement d’éviter l’extinction, mais aussi la réintégration des espèces. C’est le message que cette liste verte essaiera de transmettre à chacun-e d’entre nous.

Énergies renouvelables :

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L’énergie solaire, cette ressource quasi inépuisable… L’humain sait aujourd’hui comment l’exploiter, mais les prix des panneaux photovoltaïques sont exubérants. Pour le consommateur de la classe moyenne, un panneau à 625$ produisant seulement 120 watts d’électricité n’est pas très avantageux… C’est pourquoi un panneau à seulement 90$ pour recharger vos téléphones cellulaires ou autres appareils électroniques serait peut-être un choix plus intéressant. Nommé HeLi-On, le chargeur est de la taille d’une lampe de poche et peut recharger un cellulaire en 2 à 3 heures. Son fonctionnement est très simple : dérouler le panneau solaire lorsqu’il y a du soleil (la pile emmagasinant l’électricité produite) ou utiliser cette énergie accumulée s’il n’y a pas de soleil. Cet objet a gagné plusieurs prix, en plus d’avoir été mentionné par plusieurs journaux à travers le monde.

OGM? OMG!

Qu’est-ce qu’un OGM?

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Les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) sont des organismes dont un ou plusieurs gènes ont été altérés/ajoutés afin d’obtenir des traits désirés. Ces traits peuvent aller d’une résistance à un climat hostile jusqu’à la résistance aux herbicides, en passant par l’ajout de nutriments et l’amélioration du goût ou de l’aspect d’un aliment. La modification génétique au sens large se fait depuis la nuit des temps. Au moyen de la sélection artificielle, nos ancêtres ont été capables de rendre comestibles des espèces qui à l’origine nous étaient toxiques. Le maïs en est un exemple, sa version la plus ancienne, le téosinte, avait des grains qu’il nous était impossible de digérer. Les amérindiens s’en servaient pour fabriquer de l’alcool et ont sélectionné artificiellement les plants qui présentaient des traits plus avantageux ; des mutations. Sans savoir ce qu’ils faisaient, ils modifiaient la génétique de certaines espèces comme le maïs, mais à l’aveuglette. Avec le progrès de la science moderne, nous avons développé des techniques plus précises pour modifier les gènes. Les scientifiques ont expérimenté avec plusieurs techniques, et ont fini par perfectionner ce qui, aujourd’hui, est connu comme la biotechnologie. Alors qu’avec la sélection artificielle des millions de gènes étaient modifiés sans aucun contrôle du résultat, ni des bons ou mauvais aspects qui pouvaient en découler, aujourd’hui, les avancées nous ont permis d’être précis au point de pouvoir cibler les gènes en sachant exactement les caractéristiques qu’ils produiront sur un organisme.

On pourrait penser alors que les méthodes biotechnologiques sont le dernier cri en matière de modification génétique, mais nous aurions tort. CRISPR-Cas9, un nouvel outil d’édition génétique, surpasse déjà tout ce qui a pu être accompli jusqu’à présent dans le domaine de la biotechnologie.

Sommes-nous prêts pour de telles avancées ? Avons-nous l’information suffisante pour comprendre les enjeux que cela implique?

Oui, mais la santé…

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Une bonne partie de la population mondiale s’inquiète des effets des OGM sur sa santé. Greenpeace dit qu’on ne connaît pas les effets à long terme des aliments GM. Des millions de gens répètent partout sur Internet que les aliments GM sont cancérigènes, qu’ils ont plus de chances de rendre quelqu’un malade, qu’ils utilisent plus de pesticides (ou pire : qu’ils utilisent le Round-up!) Il faut donc évidemment essayer de se repérer dans toutes ces sources d’informations et d’identifier celles qui sont fiables. Par exemple, l’Académie américaine des sciences a émis une méta-analyse en 2016 ayant comme conclusion que les OGM ne présentent pas plus de risques pour la santé que les cultures traditionnelles. L’OMS elle-même, soit l’Organisation mondiale de la santé, explique sur son site web que les aliments OGM subissent des évaluations en profondeur avant d’être mis sur le marché et qu’ainsi, ceux qui sont présentement en vente, ne présentent pas plus de risque que n’importe quel autre aliment.

Pourtant, plus que de ne porter aucun risque à la santé, les OGM (aliments ou autres) peuvent même l’améliorer ou prévenir des maladies graves.

Parmi les nombreux exemples déjà présents sur le marché, on compte le riz doré. En Afrique et en Asie, entre 250 000 et 500 000 enfants deviennent aveugles chaque année, souvent mourant dans les 12 mois suivant la cécité. Cette affection est due à une déficience en vitamine A venant d’une alimentation peu variée. Le riz doré est tout simplement un riz riche en bêtacarotène qui, dans notre corps, est transformée en vitamine A. Ce riz peut sauver (et sauve déjà dans plusieurs pays) des centaines de milliers d’enfants! Et pourtant, les organisation écologistes luttent pour en interdire le déploiement. Rappelons que ce riz est gratuit. N’y a-t-il pas une question éthique ici?

Les OGM sont aussi la source de presque la totalité de l’insuline disponible aujourd’hui sur le marché pour les diabétiques. En effet, auparavant, on devait aller la chercher dans le pancréas du boeuf ou du porc, en petites quantités seulement. La recherche OGM a permis le développement de l’insuline biosynthétisée à l’aide de la bactérie E. coli (une bactérie ayant mauvaise réputation à cause de ses souches dangereuses pour la santé, mais qui pourtant, est une véritable usine biotechnologique couramment utilisée en laboratoires et sans danger). Cette insuline GM a permis de rendre ce médicament plus accessible et moins dispendieux à la population qui en a besoin.

Il existe également de plus en plus de types d’OGM pouvant aider à prévenir certaines maladies, y compris des cancers. Mais un aspect des OGM qui participe grandement à semer la peur de ceux-ci, c’est bien sûr leur cultivation avec glyphosate. Le glyphosate est au centre des suspicions concernant les OGM. Lors de son passage à l’émission Spécial Investigation de Canal+, Patrick Moore, fondateur et ex-membre de Greenpeace, a affirmé que le glyphosate (composant principal du Round-Up), un herbicide créé/découvert par le géant Monsanto et très utilisé dans les cultures OGM, était sans danger et qu’on pourrait en boire un grand verre sans aucun mal. L’animateur de l’émission lui a alors offert un verre de glyphosate pendant que Moore s’enfargeait dans ses mots en essayant d’expliquer son affirmation pour finalement quitter le plateau. Plusieurs médias —et un tas de personnes— n’ont pas tardé à l’accuser d’être un lobbyiste de Monsanto et à se réjouir de son instant karma. Cependant, une personne a décidé d’accepter le défi que Moore a refusé, il s’agit de Steve Burguiere aussi connu comme Stu. Dans son émission The Wonderful World of Stu, il a dédié un épisode au glyphosate et après avoir expliqué quelques faits et démystifié quelques mythes, il a bu un cocktail de glyphosate qui goûtait, apparemment, savonneux. Il est certain qu’on pourrait facilement accuser Stu d’être un lobbyiste de Monsanto ou que rien ne nous garantit que ce qu’il a ingéré était effectivement du glyphosate. Soit. Parlons alors de la dose létale médiane ou DL50.

La DL50, utilisée pour mesurer la toxicité d’une substance, est la dose de ladite substance qui tue 50% d’une population animale donnée. Plus la DL50 est basse, plus la substance est toxique. Le glyphosate a une DL50 de 5,6 gr/kg, c’est à dire qu’une personne qui pèse 80kg aurait besoin d’avaler d’un coup 448 grammes de glyphosate pour avoir un risque de mourir. Pour comparer, le sel de table a une DL50 de 3 grammes, il est donc presque 2 fois plus toxique que le Round-Up. La caféine (DL50 de 0,185 gr), quant à elle, est 30 fois plus létale que le glyphosate. Sur un principe de précaution, sur lequel plusieurs personnes se basent pour vouloir que le Round-Up s’interdise, ne devrions-nous pas alors interdire le sel et le café aussi?

Outre la DL50, qui mesure la toxicité immédiate (la dose que tu dois prendre en une seule fois pour risquer la mort), il faut aussi regarder ce qu’il arrive si on ingère des petites doses de manière quotidienne sur une longue période de temps; la dose journalière à laquelle aucune toxicité n’est observée, si le composé est ingéré à tous les jours d’une vie. La valeur de cette dose pour le glyphosate est de 0,002 gr/kg. La quantité de glyphosate résiduel tolérée sur les fruits et les plantes est de 2ppm (2 molécules de glyphosate par million de molécules de fruits ou légumes). Pour illustrer, si une personne de 80 kg mangeait tous les jours de sa vie 40 kg de fruits et légumes (une impossibilité physique), la quantité de glyphosate qu’elle ingererait n’aurait aucun effet toxique sur son organisme.

Oui, mais l’environnement

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La biotechnologie génère de nombreuses inquiétudes quant au respect de la planète, des questionnements concernant son influence sur la biodiversité, son rôle dans la diminution des colonies d’abeilles domestiques ou encore son usage de pesticides polluants. Pourtant, quand on parle d’OGM, il semble souvent y avoir discordance entre ce qui est factuel —ce qui est démontré et démontrable— et ce qu’on entend.

La Biodiversité

Pour ne la définir que brièvement, on entend par biodiversité, la diversité de toute forme de vie sur terre. Sur le trône des arguments environnementaux contre les OGM, il y a l’accusation que les formes de vie issues de la modification génétique peuvent affecter la biodiversité, et cette affirmation est exacte! Autre affirmation vraie : toute forme de vie —même la nôtre— est génétiquement modifiée d’une façon ou d’une autre et, ergo, toute forme de vie peut affecter la biodiversité. La question importante est : est-ce que les OGM affectent la biodiversité d’une manière nuisible ou, faudrait-il demander, d’une manière plus nuisible que d’autres organismes?

Plusieurs études ont été menées en ce sens —d’autres sont en cours— et à ce jour, que les OGM puissent être plus dangereux que n’importe quel autre organisme demeure un soupçon infondé.

Une des inquiétudes les plus tenaces concerne les superweeds, qui ne sont pas d’énormes joints mais bien des plantes qui ont développé une résistance aux herbicides. Il faut savoir que le glyphosate existe et existait dans la nature bien avant que le chimiste John E. Franz ne découvre ses facultés en tant qu’herbicide. Il est important de savoir cela parce que le blâme qu’on met sur les OGM d’avoir causé l’apparition de super-plantes résistantes en forçant l’usage du glyphosate, pourrait sembler avoir du sens. Sauf que la résistance au glyphosate avait déjà été documentée en Australie avant même que des OGM n’y soient utilisés. La raison était que des fermiers utilisaient le glyphosate sur des monocultures, c’est-à-dire des champs où on ne plante qu’un même type de semence année après année. Bien que souvent les mouvements anti-OGM font un amalgame entre monoculture et biotechnologie, la vérité est que la monoculture remonte aussi loin que l’antiquité et qu’elle est loin de disparaître. Est-ce une bonne chose? Et si on pense aux champs de riz en Chine, vieux de 700 ans, on pourrait également se demander comment une monoculture quasi millénaire passe inaperçue chez les personnes qui s’opposent à cette pratique agricole. Comme le mentionne Andrew Kniss, professeur de biologie végétale et écologie à l’Université du Wyoming : « Il est important de reconnaître qu’il y a beaucoup de bonnes raisons de faire pousser des champs dans la monoculture. Cette pratique a permis beaucoup d’avancées technologiques dans le domaine de la production agricole. N’avoir qu’un type de semence augmente notre habileté à mécaniser la plantation, le désherbage et la récolte. Et la mécanisation de l’agriculture est la raison pour laquelle la majeure partie de la population dans les pays développés ne travaille plus sur une ferme. Sans la mécanisation, faire pousser sa nourriture est souvent une nécessité, non un hobby. »

Il y a cependant une critique sous-jacente qui est en effet bien vraie, certaines pratiques permises par le marché économique, poussent les fermiers qui veulent du long-terme à prioriser la rentabilité, parfois au détriment du sol. Une des raisons étant qu’une bonne partie des fermes américaines n’appartiennent pas nécessairement à ceux qui y plantent, leur usage est donc accordé aux fermiers qui font le plus de profits. Ces fermiers choisissent donc de planter uniquement ce qui aura le meilleur résultat pour une année donnée car ces terres étant louées, rien ne leur garantit qu’ils pourront s’en servir l’année suivante, ils doivent donc maximiser leurs profits. À long terme, ce n’est évidemment pas l’idéal mais c’est une réalité économique et ça arrive en agriculture conventionnelle, biologique et biotechnologique ; c’est transversal. Le problème n’est donc pas la monoculture ou les OGM, mais bien certaines pratiques du marché agricole qui ne sont, fort heureusement, pas le standard en agriculture. Énormément de personnes prennent en exemple l’Europe (souvent la France) pour émettre des critiques à l’égard de la biotechnologie. Pourtant, fait curieux, l’agriculture européenne repose principalement sur la monoculture.

On ne peut parler d’économie sans parler de rendement, et même si pour certains l’aspect économique banalise l’agriculture, des méthodes rentables peuvent contribuer à des changements positifs bien réels. Une étude de 2014 a estimé que les cultures génétiquement modifiées, pour leurs 15 premières années d’usage, ont évité que plus de 32 millions d’hectares ne soient transformées en terres agricoles. Ce n’est pourtant pas étonnant puisque les cultures GM, étant hautement rentables et efficientes — presque sans pertes, ont besoin de moins d’espace de plantation et aident donc à réduire la déforestation causée par l’agriculture. Par extension :
elles aident à protéger la flore et la faune avoisinantes aux champs.

Peu importe notre position, les OGM sont un suspect tenace en ce qui touche à la biodiversité. On entend parfois dire que ces derniers font diminuer les espèces de plantes et réduisent la diversité des semences. Il ne faut pas oublier que depuis bien avant l’avènement de la biotechnologie, certaines variétés sont marginalisées pour bon nombre de raisons. À quoi pense-t-on quand on pense à une tomate ? À la tomate rouge, évidemment. Qu’en est-il des autres tomates ? La verte, très populaire au Mexique, par exemple. Le fait que l’on préfère, parfois pour des raisons culturelles, une espèce par-dessus une autre, ne cause pas la disparition de l’autre espèce mais cela ne va certainement pas contribuer à son expansion. Ainsi, pour l’industrie de l’agriculture moderne, la logique est la même, on plante le plus souvent ce qui est culturellement populaire ; en d’autres mots, ce que les gens veulent manger dans un endroit donné. Les résultats d’une étude faite en 2009 à l’Université de Géorgie, sont venus réfuter les conclusions d’une étude datant de 1983 qui estimait qu’entre 1903 et 1983, il y aurait eu une baisse de 90% des variétés de graines. Il a notamment été remarqué que cette vielle étude avait inclus plusieurs fois les mêmes variétés de graines simplement car elles se vendaient sous plusieurs noms de marques différentes. Les nouveaux résultats suggèrent que de 1904 à 2014, de fait, la quantité de variétés s’est vue dupliquée.

Le Round-Up

En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), après une réévaluation du potentiel cancérigène du glyphosate, a conclu que celui-ci était probablement cancérigène pour les humains. Depuis, il s’en est suivi des poursuites à Monsanto de la part de personnes atteintes de cancer, ainsi que l’intention d’un bon nombre de gouvernements de bannir ou limiter l’usage du glyphosate. Des scientifiques d’un peu partout ont déploré et critiqué un manque de rigueur dans la méthodologie du CIRC. Le Conseil américain de l’industrie de la chimie a déclaré, notamment, que le CIRC analyse la dangerosité d’une substance en cherchant si la substance pourrait causer le cancer sous n’importe quelle circonstance et incluant des expositions bien au-delà des niveaux typiques. Pour sa part, la Royal Society of Chemistry s’est opposée à ce qu’elle qualifie de « modèle désuet pour évaluer la toxicité », et ont recommandé au CIRC de « mettre à jour leur méthodologie » par rapport aux principes internationaux basés sur le consensus. Tout de même, la classification est restée, non seulement dans les catégories, mais aussi dans l’opinion publique, et elle tient bon. En 2016, les personnes qui ont participé à la classification du glyphosate se sont vu solliciter des documents pour soutenir leur classification. Des officiers internes du CIRC ont formellement interdit à quiconque de les révéler, laissant le doute de leur méthodologie planer sans que personne puisse la réfuter légalement.

La discussion sur le glyphosate reste d’actualité en Europe, par exemple, où on parle de le bannir complètement. Le problème est que, même si bannir le glyphosate pourrait, à la limite, nous être égal, cela ne serait pas sans conséquences pour l’environnement. Il faut comprendre que la technologie des graines HT (tolérantes au glyphosate) et l’usage du glyphosate comme herbicide a grandement contribué à réduire la quantité d’herbicide utilisé en agriculture. Depuis 1996, l’usage d’herbicide dans les zones de plantations issues de la modification génétique, a diminué de 259.3 millions de kg (une réduction de 4.1%), et l’impact environnemental associé à l’usage d’herbicides sur ces champs, a chuté de 13.5%. Si une interdiction du glyphosate venait à être approuvée, ces chiffres régresseraient. C’est d’ailleurs ce que révèle une étude de 2017 qui se penche sur l’impact qu’auraient les restrictions au glyphosate à un niveau global. Rappelons, tel que dit antérieurement, que le glyphosate reste l’herbicide le moins toxique à ce jour et que si on venait à devoir le remplacer, il faudrait nécessairement le remplacer par un herbicide plus toxique.

Les abeilles domestiques

Si les abeilles domestiques disparaissaient, on serait certainement mal pris, puisque leur fonction de pollinisatrices est d’importance capitale. Or, il semblerait que les populations d’abeilles se portent plutôt bien, entre autre, grâce aux apiculteurs qui ont pris très au sérieux la diminution des colonies en 2014 quand l’alerte de ce que certains appelaient le beepocalypse s’est déclenchée. La cause était le Syndrome d’effondrement des colonies d’abeille (ou CCD), un phénomène de mortalité anormale plutôt commun depuis 1998. Bien que les causes du phénomène ne soient pas encore tout-à-fait comprises, l’acarien Varroa destructor semble jouer un rôle central. Bien que les abeilles soient loin de disparaître, et qu’aucune des études effectuées indique une quelconque relation causale entre les pesticides, les herbicides —dont le Round-Up— et le CCD, des ONG écologistes et des journalistes opposées aux biotechnologies (et à Monsanto) continuent d’y voir là l’origine du mal.

Oui, mais l’opposition…

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Les écologistes doivent bien se baser sur quelque chose pour considérer les OGM comme une mauvaise chose, non? Ça ne peut pas être pour rien que la population appelle Monsanto « Monsatan » et que les campagnes anti-OGM se font entendre plus fort que les faits énoncés dans cet article! Greenpeace, un des organismes écologistes les plus connus, porte une lutte sans relâche contre les OGM et le glyphosate. Il semble en effet y avoir contradiction entre les arguments présentés dans ce dossier et l’opinion populaire (et même parfois gouvernementale) internationale. Comment autant de gens pourraient-ils se tromper?

Une étude du biologiste moléculaire Gilles-Éric Séralini a rendu l’opposition aux OGM à la mode. Séralini souhaitait prouver que les OGM et le Round-Up (son ingrédient actif étant le glyphosate) étaient nocifs pour la santé humaine dans une étude utilisant des rats de laboratoires qui ont, après exposition à ces deux composants, développés d’énormes tumeurs. Cette étude est parue dans la revue Food and Chemical Toxicology en septembre 2012 et a été lourdement critiquée par la communauté scientifique. Notamment en raison de :

-La sorte de rat utilisée (Sprague Dawley rats) qui a une durée de vie limitée (+/- 2 ans) et tend à développer des tumeurs spontanées (80% des mâles et 70% des femelles dans des conditions normales);

-La demande de Séralini à garder l’étude secrète jusqu’à sa publication, empêchant la revue Food and Chemical Toxicology de faire appel à des experts pour vérifier ses informations;

-L’inclusion dans l’étude de photos monstrueuses des rats tumorisés mais aucune des rats du groupe de contrôle;

-La quantité de rats par groupe (10 rats, moitié mâles et moitié femelles) qui était cinq à six fois trop petite pour être statistiquement valable.

En bref, beaucoup trop de variables rendaient l’étude invalide selon la communauté scientifique. Mais sa publication hâtive (malgré que l’étude ait été rétractée en novembre 2013 par la revue FCT) a suffi à apporter une « preuve » à la majorité des groupes écologistes que OGM = MAL ABSOLU et bis pour le glyphosate. Il y avait eu des études semblables auparavant et il y en aura sûrement encore. L’opposition aux OGM ne s’est pas formée en 2012 à cause de Séralini et ne s’arrêtera pas avec cet article. C’est pourquoi la recherche de sources fiables et scientifiques est hautement importante aujourd’hui. C’est ce tri qui permettra la rééducation d’une population désinformée (et ce, sur de nombreux sujets en plus des OGM).

Oui, mais le bio…

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…est vendu comme étant « naturel » et meilleur pour nous. L’option pour ceux qui ne veulent pas de chimique, de toxique, de « non-naturel »… Et pourtant! La majorité des organisations de santé publique et de la communauté scientifique reconnaît les aliments OGM comme étant aussi sûrs que les aliments traditionnels ou biologiques. Certains aliments biologiques demandent même plus d’herbicides et de pesticides que les aliments OGM. À part la désinformation, il n’y a qu’une raison qui pousse les entreprises en alimentation à étiqueter leurs produits comme « bio » : le marché bio fait fureur. Les entreprises peuvent vendre leurs produits 50% plus chers si elles l’étiquetent bio. Et même si les aliments bio demandent un peu plus de travail, ces compagnies font malgré tout une marge de 40% de profit supplémentaire sur leurs produits étiquetés bio que sur ceux sans papillon*.

Cela ne vient pas simplement d’une économie d’offre insuffisante et de demande croissante, les compagnies vendant du bio profitent d’une campagne de peur anti-OGM implantée dans la population et alors, bien évidemment, la nourrissent! Les compagnies bio sont ainsi toujours aux côtés des groupes écologistes et l’un et l’autre se donnent des arguments poussant la population désinformée vers les produits biologiques, ce qui arrange bien ces compagnies. On dit toujours que Monsanto paie les étude pro-OGM ou pro-glyphosate, mais personne ne mentionne jamais les compagnies d’aliments biologiques qui sèment la menace des OGM dans le monde simplement pour en profiter. L’argument va des deux côtés.

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*Les aliments bio sont souvent étiquettés de ce logo, sensé assurer l’absence d’OGM. Pourtant, il y a bien des OGM sous cette certification. Les responsables s’en sont justifiés en prétextant qu’il s’agit du nom du projet et non de leur promesse.

[Le consensus scientifique révèle que 88% des experts sont favorables aux OGM, alors que pour le public, seulement 37% des gens croient que les OGM sont sécuritaires — un écart jamais vu en science]

Destruction

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La nature avait créé les humains
Qui ont essayé de tout prendre en main
En dévastant la nature
Laissant incertain le futur

Les humains rasent des milliers de forêts entières
Pour fabriquer du papier en se privant d’air
Les humains empoisonnent des centaines d’hectares de terres
Tuant au même temps une myriade de vers de terre
Les humains changent les animaux sauvages en domestiques
Tels des furets se noyant dans une solution lytique
Les humains contaminent les océans et fonds marins
Marées noires et pêches intensives ne manquent pas
Les humains qui s’auto-détruisent eux-mêmes ont beau
Se foutre de la Terre en devenant robots
La nature ne peut tolérer tout ceci
Malheur, elle a atteint ses limites, oh que si!
La nature sera un enfer bouillant et modifié
Jusqu’à tant qu’elle soit complètement momifiée
La nature commencera à prendre sa revanche
Séismes, tsunamis et tornades font leur tâche
La nature espère fortement que cette leçon
Pourra remettre à nouveau les choses à l’unisson
Les humains, mécontents d’être rejetés du logis
Utilisent en abondance la technologie

La nature est à présent détruite
Plus moyen d’être reconstruite
La seule façon de survivre
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La chimie de l’amour (Démystification de l’amour grâce à la chimie)

IMMAGINI-IBSA-10-1Qu’est-ce que l’amour? Étymologiquement, ce mot dérive du latin amor qui signifie « amour ou affection » et socialement, c’est un concept qui implique des comportements spécifiques et une intimité dans une relation. Tout le monde, il semblerait, a des attentes différentes quant aux relations amoureuses. Toutefois, il est difficile d’arriver à une explication simple de ce qu’est l’amour. On peut compter sur la science pour nous expliquer une diversité de phénomènes, dont l’amour. En effet, à la base, l’amour n’est qu’une série de réactions chimiques dans notre cerveau. Tout se passe dans la tête!

La neuroscience de l’amour

Le terme « coup de foudre » ou love at first sight est une réalité. Toutefois, il s’agit d’une production de différentes molécules dans le cerveau. Selon des recherches effectuées par Helen Fisher de l’Université Rutgers au New Jersey, on observe l’activation de certaines substances qui contribuent au sentiment de bien-être et d’euphorie qui est associé au coup de foudre. Une analyse par IRM des affectés révèle une sécrétion de phénéthylamine, d’amphétamine, de dopamine et de norépinéphrine. Les effets d’un coup de foudre peuvent durer d’environ 18 mois à 3 ans, selon un article de Marie-Josée Montminy. D’ailleurs, selon Cosmopolitan, la passion éprouvée au début d’une relation ne dure jamais plus de trois ans. Ensuite, l’ocytocine « prend le relais ». L’amour dans un couple dure en fonction de la production de cette hormone du confort et de l’attachement.

Les molécules selon les 3 étapes de la relation

Au début, il y a la rencontre ou le désir sexuel (souvent appelé love at first sight), ensuite la passion ou l’amour romantique apparaît pour enfin aboutir à l’attachement durable. Le désir est déclenché par la sécrétion de dopamine qui mobilise notre énergie. L’attirance se fait par la libération d’adrénaline et de noradrénaline. Notre cerveau s’active intensément aux détails de la personne qui fait l’objet de notre attirance. C’est aussi l’un des facteurs qui contribuent au fait qu’on n’arrive pas à dormir. Par la suite, l’intensité est peu à peu atténuée par la libération de sérotonine.

Au début

Les sentiments d’euphorie et d’addiction sont expliqués par un accroissement de la quantité de dopamine dans le cerveau. La cocaïne donne le même effet, les mêmes endroits dans le cortex sont activés. L’ocytocine, l’hormone de l’attachement, est sécrétée durant les orgasmes nous donnant envie de rester avec cette personne qui aide à les atteindre. D’où l’envie ou le besoin de se coller après une relation sexuelle. Les sentiments positifs sont ceux de confiance et de proximité. Cependant, cette hormone peut aussi causer la jalousie et les sentiments de soupçon.

Ensuite, pour expliquer l’anxiété et les papillons dans le ventre, on comprend qu’il y a une baisse de sérotonine, ce qui peut nous rendre un peu obsessif par rapport à notre partenaire (lorsqu’on veut constamment sa compagnie).

De plus, notre instinct face au danger fight or flight, est déclenché par une augmentation d’adrénaline et de noradrénaline. C’est une réaction qui explique la sécheresse qu’on ressent dans la bouche, notre cœur qui bat plus vite et nos mains qui deviennent moites. Le cortex frontal, responsable de la prise de décision, fonctionne moins bien, d’où l’expression « l’amour rend aveugle ».

Au milieu

Après la période initiale, le niveau de sérotonine se normalise et l’amour est pris en charge par le système limbique. Le niveau des hormones se normalise aussi ce qui nous rend de bonne humeur la majorité du temps. Durant cette période, on ressent de la sérénité et on a une meilleure inhibition des habitudes obsessives telles que toujours vérifier notre téléphone pour y voir les messages.

À la longue

Les relations de longue durée sont surtout basées sur une routine domestique, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Des recherches démontrent qu’une relation saine apporte des avantages pour la santé physique et mentale des personnes impliquées. Encore une fois, l’hormone de l’attachement — l’ocytocine, vient faire sa magie en renforçant les liens entre les gens. De plus, elle permet d’établir une grande confiance et de l’empathie. Finalement, la fidélité et le sentiment de sécurité sont renforcés par la vasopressine.

Bref, il est facile d’expliquer toute la complexité de l’amour par la science, mais il faut toujours garder en tête que chaque personne est unique et chaque couple différent. C’est du cas par cas.

En Hongrie, rien n’arrête la démocrature d’Orbán

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Des élections législatives auront lieu en Hongrie le dimanche 8 avril prochain. Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, baigne dans la surenchère populiste. Le discours au ton électoral qu’il a tenu le 15 mars dernier en est le parfait archétype. À quelques jours des élections, Viktor Orbán promettait une « revanche sur les plans moral, légal et politique » si son parti est réélu pour un troisième mandat. Une revanche aux accents anti-Europe, mais, surtout, nationalistes. Il n’y va surtout pas de main morte : l’Union européenne (UE), selon lui, « a ouvert la voie au déclin du christianisme » en ouvrant ses frontières aux migrants. Et seul son gouvernement « sait résister à l’envahissement de l’univers islamique ».

Face à la crise de migrants en 2015, la Hongrie d’Orbán s’est montrée des plus réfractaires. Durant la même année, le Conseil européen avait essuyé un refus de la Hongrie d’accepter un quota de près de 1200 réfugiés. À l’heure actuelle, un mur anti-migrants y est installé à la frontière sud. Et qu’arrive-t-il aux migrants qui tentent de déroger à la règle et d’y entrer illégalement ? Ils passent par la prison.

Mais l’intransigeance d’Orbán liée à la question migratoire n’est pas l’unique source d’embarras pour les institutions de l’UE. Depuis huit ans, la démocratie hongroise, elle aussi, se voit acculer au mur — au grand dam de Bruxelles. Et tout semble indiquer que la situation n’est pas sur le point de changer. À l’approche des élections législatives du 8 avril, le Fidesz, le parti de Victor Orbán, caracole en tête, loin devant les autres partis. Fort de sa majorité législative des deux tiers à la Diète, le Fidesz se cramponne certes au pouvoir grâce à sa forte popularité. Seulement, le populisme n’est pas l’unique clé de réussite dans l’équation : le système électoral est d’ores et déjà à la botte du parti.

La démocratie « illibérale » de Viktor Orbán prend ses aises en Hongrie. Et pour cause. Une étude publiée en mars par le groupe de recherche allemand Bertelsmann Stiftung dévoile que le tournant autoritaire du régime est, à l’heure actuelle, au seuil de l’autocratie. Si le Fidesz hérite aujourd’hui d’une forte majorité au Parlement, c’est la démocratie qui a écopé. En novembre 2012, une loi controversée est votée au Parlement : la carte électorale est alors retracée de fond en comble ; les assises du Fidesz se voient consolidées ; l’opposition est réduite comme peau de chagrin.

Cette loi électorale n’est pas sans rappeler la réécriture de la Constitution en 2013, les multiples atteintes à la liberté de la presse et l’effritement de la séparation des pouvoirs. En huit ans, les coups portés à l’encontre de l’État de droit se sont multipliés.

La presse n’échappe pas au collimateur du régime. En automne 2017, une « liste de journalistes ennemis » est publiée par le gouvernement. Leur crime ? D’avoir « discrédité » et « sali » l’image de la Hongrie avec leur « vision altérée de la réalité ».

Contrôler le message, voilà la maxime tacite à laquelle s’accroche Viktor Orbán. Depuis des mois, George Soros, un philanthrope américain d’origine hongroise, est la bête noire du régime de Viktor Orbán. Au point d’en constituer un véritable outil de campagne électorale. Sa faute ? « D’encourager l’immigration illégale » et « d’imposer à la Hongrie le modèle libéral venant de l’Ouest ». « Orbán a décidé qu’il avait besoin d’un ennemi extérieur pour mobiliser sa base, et il l’a trouvé en George Soros », note Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM).

Les ONG, elles aussi, sont visées dans la foulée de cette campagne anti-Soros. Un texte législatif visant à restreindre les organisations « soutenant l’immigration » risque d’ailleurs d’être voté prochainement au Parlement.

Que fait l’UE ?

Si la Hongrie a intégré l’Union européenne en 2004 sous l’étendard des valeurs libérales, son tournant autoritaire irrite aujourd’hui Bruxelles. À l’heure actuelle, la démocratie hongroise « est, sur papier, la plus à risque au sein de l’Union européenne », note Frédéric Mérand. Sur le plan légal, un État membre de l’UE qui ne respecte pas les fondements de la démocratie est passible d’exclusion. Alors, comment Viktor Orbán fait-il pour éviter les sanctions dures de l’UE ? « En ménageant ses alliances politiques », explique le professeur Mérand. Et par la ruse politique.

Au sein du Conseil européen, Orbán compte des alliés de taille. La Pologne, par exemple, qui embrasse elle aussi depuis peu le populisme autoritaire, ne donnerait jamais son aval à l’exclusion de la Hongrie. En clair, l’intervention de l’Union européenne à l’endroit de la Hongrie est circonscrite.

Toutefois, il n’y a pas que le jeu des alliances qui renforce la position d’Orbán. Car même s’il contourne la démocratie par d’autres moyens légaux, « Orbán jouit d’une véritable légitimité démocratique » en raison du soutien fort de sa base électorale. « Ce n’est pas un dirigeant qui a pris le pouvoir par la force », rappelle le chercheur.

En conflit sur la question migratoire et sur les conceptions démocratiques, Budapest et Bruxelles sont-ils donc près de la rupture ? Orbán n’a aucun intérêt à ce que la Hongrie quitte l’UE, et ce, notamment pour des raisons économiques. Son pays est fortement dépendant des fonds européens, et il le sait. Deux visions s’opposent. L’Europe chrétienne vis-à-vis de l’Europe libérale ; voilà le nerf de la guerre. Celle d’Orbán est assombrie par les « nuages noirs » et l’immigration. Celle de Bruxelles est ombragée par le populisme et l’autoritarisme, qui ont le vent dans les voiles.

Red Sparrow : 140 minutes de torture

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Réalisateur de la série The Hunger Games, Francis Lawrence diverge de ses films précédents et propose Red Sparrow, un long-métrage d’espionnage et de suspense qui offre un univers beaucoup plus sombre et violent que ce que Lawrence avait réalisé auparavant. Mais ce nouveau long-métrage, paru le 2 mars dernier, est loin de faire l’unanimité, tant par son extrême violence que par les nombreux stéréotypes qui y sont présentés.

Dominika Egorova (Jennifer Lawrence) est une prima ballerina du Bolchoï, l’une des plus grandes compagnies de ballet russe. Sa carrière plus que fructueuse s’effondre lors d’une blessure sur scène, la laissant sans emploi, sans salaire. Afin de subvenir aux besoins de sa mère malade, Dominika se voit contrainte de travailler au service de son oncle tyrannique et de devenir une « sparrow », une agent capable de séduire l’ennemi. Dominika devient prisonnière de cet engrenage et de son rôle d’agent, et devra se rapprocher d’un agent américain afin de lui soutirer des informations, tant par la torture que par la séduction.

Le film comporte plus de clichés qu’il n’en faut. L’histoire se déroulant en Russie, les acteurs prennent un accent russe qui sonne particulièrement faux (tant dans le doublage que dans la version originale), et qui dérange tout au long du film. Ces accents nuisent beaucoup au sérieux et à la crédibilité du film, le spectateur est dès le début irrité et décroche face à ce qui semble par moment être une parodie. Évidemment, comme tout bon film d’espionnage hollywoodien, on nous présente une rivalité entre les États-Unis et la Russie qui est particulièrement clichée. On tombe rapidement dans le vite-fait, dans le déjà-vu. On ne peut pas dire non plus que le film propose une image positive de la femme : à l’exception du personnage principal, toutes les femmes présentées sont soit des proies facilement soumises ou des femmes cruelles et sans merci. Peu importe la boîte dans laquelle ils se trouvent, presque tous les personnages féminins finiront battus, violés et torturés à un point tel qu’ils en sont déshumanisés.

Le long-métrage dure 140 minutes, une durée totalement déraisonnable pour l’histoire présentée. Le début du film nous embarque rapidement dans l’histoire, avec une prémisse plutôt intrigante, afin de savoir comment le destin d’une danseuse étoile et d’un agent double américain seront liés. Mais dès le moment où Dominika s’enfonce plus profondément dans sa carrière d’espionne, l’histoire progresse lentement et ne suscite plus autant l’intérêt du spectateur (selon mon calcul —approximatif—, il y a environ 285 tuiles au plafond d’une des salles du cinéma de Dorion). On aurait facilement pu trancher 30-45 minutes du film sans nuire à la cohérence et au déroulement de l’histoire. Dommage que le cœur de l’histoire soit si mal exploité, puisque la fin, pour ceux qui ont la patience de s’y rendre, amène un tournant intéressant et une finale mieux ficelée que le reste du film.

Red Sparrow est classé 16 ans et plus, avec raison. Âmes sensibles s’abstenir d’aller voir ce long-métrage. Au-delà de la nudité, le film comporte d’innombrables scènes de violences difficiles, dont plusieurs viols et scènes de tortures, si bien que le Newsweek a décrit le film comme étant de la « torture porn », ce qui est parfaitement juste. Était-ce vraiment nécessaire d’en mettre autant? Un viol n’attend pas l’autre, et ne contribue pas en tout temps au développement du personnage principal, ni de l’intrigue. J’aurais préféré que les différentes séquences servent à développer le déroulement de l’intrigue plutôt que de constamment l’interrompre par de trop nombreuses scènes inutilement trop violentes.  S’il est évident que la plupart des films d’espionnage comprennent nombre de scènes de violence particulièrement crues, cela ne justifie pas d’empêcher l’histoire de progresser pour autant. Servir le genre d’un film ne devrait pas être fait au détriment de l’intrigue.

La nature et la destruction peuvent ne faire qu’un

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L’Espace Libre a présenté du 28 mars au 7 avril
La cartomancie du territoire, une création théâtre et vidéographique signée Philippe Ducros qui présente la triste réalité méconnue des communautés autochtones des Premières Nations du Québec. Une pièce composée de multiples témoignages percutants, de statistiques effrayantes sur leur réalité et de réflexions importantes qui méritent notre attention.

La courte pièce comporte plusieurs courts tableaux présentant divers aspects de la réalité souvent atroce que vivent les communautés autochtones, par le biais d’images ou de discours du réalisateur et de deux Autochtones qui livrent avec émotions leurs diverses expériences sur les réserves. Le texte de la pièce est riche, travaillé et démontre avec sincérité et intégrité des problématiques importantes trop souvent ignorées. Ducros présente une culture qui n’est pas la sienne avec un respect indéniable : un réel désir de faire changer les choses dans les réserves se fait sentir sans mal. Le côté théâtral de la pièce laisse souvent place à une certaine forme relevant plutôt du documentaire, ce qui contribue à l’aspect « choc » de la pièce. Les statistiques sont pertinentes et révélatrices (25% des détenus carcéraux au Canada sont des Autochtones alors qu’ils ne représentent que 5% de la population canadienne, un très faible pourcentage des réserves québécoises ont accès à de l’eau potable, etc.), et les images d’Éli Laliberté et de Thomas Payette qui défilent à l’arrière-plan sont magnifiques et s’agencent aisément aux différents tableaux.

La cartomancie du territoire est une pièce lourde, présentant presque uniquement les aspects négatifs des réserves autochtones du Québec, sans jamais suggérer une réelle piste de solution concrète. Peut-être aurait-il fallu moins se concentrer sur les côtés tragiques et montrer ne serait-ce que la moindre piste remédiant aux problèmes vivant les communautés autochtones. La pièce aurait peut-être aussi eu intérêt à prendre un ton moins accusateur envers les méchants blancs qui sont responsables de tous les malheurs du monde ; par moment, on aurait souhaité que Ducros explique leurs malheurs autrement qu’en blâmant les blancs d’absolument tout et de rien.

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