Brève incursion chez les Afars d’Éthiopie

Par Étienne Ducas-Vézina

Tout d’abord, un peu de géographie. Le Danakil, territoire où vivent la majorité des Afars, est situé directement sur ce qu’on appelle le Grand Rift Africain, en Éthiopie, dans l’est de l’Afrique. Cette déchirure dans la croûte terrestre est la responsable de l’activité volcanique et sismique intense de la région. Cette activité géologique est aussi la cause de paysages qu’on pourrait qualifier de lunaires, car la chaleur fait remonter des minéraux de différentes couleurs. Pour ce qui est du climat, le Danakil est marqué par des températures très élevées, ainsi que par une extrême aridité en dehors d’une courte saison des pluies de juillet à septembre.

Le peuple afar serait le fruit du mélange des populations locales et étrangères. Nos connaissances sur ses débuts sont limitées. Pendant longtemps, les principales interactions avec l’extérieur se limitaient au commerce des esclaves. C’est plus tard (vers 800) que des chroniques seront rédigées avec l’expansion de l’islam dans la région, mais le pays reste longtemps peu développé. C’est beaucoup plus récemment (vers 1970) que l’État éthiopien va tenter de remédier au sous-développement de la région. Ces politiques seront néanmoins mal menées et causeront plusieurs famines, ainsi que la prise de pouvoir par un gouvernement autoritaire. Tout cela aura pour conséquence la création de nombreux groupes armés afars contre lui. Ce n’est qu’après la transition démocratique, en 1991 que la situation se débloquera avec la reconversion des groupes armés en partis politiques et la création d’un État fédéral éthiopien où les Afars auront leur propre territoire.

Leur organisation sociale et leur système judiciaire sont relativement complexes. Ce n’est pas une société de castes : tout le monde peut prétendre aux postes les plus importants. Toute une hiérarchie existe avec à sa tête un sultan. Pour ce qui est du système judiciaire, il ressemble au nôtre : présence d’un conseil qui est chargé de juger les méfaits ainsi que d’appliquer les sentences, présence d’une sorte de jury notamment constitué d’étrangers, considéré comme plus impartiaux… on y retrouve même l’équivalent d’avocats.

La religion des Afars est l’islam et ce, depuis des siècles. Cet islam est cependant un islam particulier. En effet, les Afars ont réussi, au moment de leur conversion puis ultérieurement, à intégrer certains éléments de leur spiritualité pré-islamique à leur nouvelle foi, créant une religion certes influencée par l’islam, mais tout à fait unique. On y retrouve des mythes relatifs à la création du monde, à la nature, à l’astrologie, à la sorcellerie, et on croit aux devins.

Une des principales ressources du Danakil est le sel qu’on retrouve en grande quantité dans la région. L’exploitation de cette ressource se fait depuis des siècles. La manière de le récolter n’a pas beaucoup changé : chaque jour, les ouvriers quittent leurs baraquements et marchent pour atteindre le site d’extraction. Ils attaquent ensuite le sol à la hache et coupent grossièrement les morceaux obtenus avant de les charger sur des dromadaires en direction des lieux de vente.

Le mode de vie historique des Afars est le nomadisme. Vivant un territoire plutôt inhospitalier et aride, leur principale source de nourriture provient de l’élevage de bovins et de dromadaires (qu’ils utilisent aussi beaucoup pour le transport), et c’est pour cela qu’ils doivent se déplacer régulièrement pour trouver des pâturages pour leur bêtes et un nouveau point d’eau si le leur était à sec. Ce mode de vie traditionnel est désormais menacé, car le gouvernement éthiopien prône la sédentarisation des Afars afin de les utiliser comme main d’œuvre, non pas pour l’élevage, mais pour l’agriculture et l’industrie.

Le Danakil et ses habitants d’aujourd’hui font face à de nombreux défis. Le plus pressant est sans doute le manque de scolarisation au sein de la population. Il y a plusieurs facteurs : la rareté des institutions d’enseignement et la faiblesse des investissements pour une région considérée comme périphérique, par exemple. Les chiffres sont explicites : dans certaines régions du pays afar, l’analphabétisme frôle les 98%. Ceux qui ont été scolarisé l’ont d’ailleurs souvent été dans une autre langue que la leur. Autre problème : la santé. Pour une superficie comparable à celle de la France, seuls 54 lits d’hôpital sont disponibles. Plusieurs problèmes doivent être soulignés, le plus important étant sûrement la salubrité de l’eau. Celle-ci étant rare, elle se concentre souvent dans de petits plans d’eau où les bactéries prolifèrent et où l’eau ne circule pas assez. Cette eau souillée cause toutes sortes de problèmes de santé, allant de la dysenterie à des problèmes oculaires. Comme autre défi, on peut citer la diminution de la violence, car celle-ci est un obstacle au développement du tourisme dans une région qui comprend pourtant de nombreuses merveilles.

Le Danakil est donc une région pleine de contraste, mais aussi fascinante de par sa culture, son histoire, ainsi que par ceux qui y habitent. Espérons tous qu’elle soit un jour plus accessible.

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