Ombre ténébreuse

Par Catherine Cousineau-Bissonnette

Je ne suis pas un être comme les autres. Je suis un ermite, tapi dans la forêt, et prêt à surgir et à hanter ceux qui se retrouvent sur mon passage. Je vis dans une maison de pierre moisie par le temps et par la peur, dissimulée dans le recoin le plus sombre au plus profond des bois. Seules mes proies me connaissent. Je m’incruste chez elles comme un poison, on peut essayer de me repousser, mais je suis plus fort que tout. Je suis si imposant que lorsqu’on me voit, mon dos et ma cape cachent tout rayon de lumière. Je rentre chez les gens, et je bloque la porte avec mon couteau et, devant leurs yeux effarés, je m’empare de tout ce qu’ils ont qui m’intéresse. Je ne leur laisse rien, je prends tout, et je ne les laisse pas sortir, non, ils sont prisonniers de moi désormais. Je ne suis pas ce que vous pensez…

Un jour, je marchais sur le chemin crasseux des bois. Les arbres dissimulaient ma silhouette, c’était à peine si on pouvait voir mon regard percer à travers le feuillage. Tout à coup, j’entendis des pas marteler le sol. J’accourus vers le bruit. Je pouvais me déplacer très vite, si vite que vous ne pourriez me voir arriver. Je me cachai derrière un arbre. Une jeune adolescente courait et pleurait. Ses larmes marquèrent mon chemin alors que je la suivis à pas de loup, la regardant s’enfoncer de plus en plus dans les profondeurs de la forêt. 

Tout à coup, elle s’arrêta au bord d’une rivière. Si elle avait continué, elle serait coulée au fond des eaux ! Donc, elle s’est assise. Je fixai ses mains tordre la peau de son visage barbouillé de larmes. Elle avait mal, elle avait mal. Elle se frappa le genou, ou une pierre par terre, puis sa tête. Elle ne savait plus où frapper. La colère et la peine montaient en elle dans un délicieux mélange infernal. C’était le temps. Je sortis de la forêt sur la pointe des pieds. Elle entendit les feuilles craquer sous mes souliers. Sa tête se releva d’un coup. Elle fixa droit devant elle, les yeux grands ouverts. Elle savait très bien que j’étais là. Elle ne fuit pas. Elle ne fit rien. Précautionneusement, je m’agenouillai contre son dos. Elle respirait vite, je sentis l’air chaud sortir de sa bouche. Elle n’en pouvait plus. Je la pris par les épaules. Je vis la peur fermer ses yeux, les crisper. C’était parfait. Alors, juste à ce moment-là, j’avançai mon visage vers elle et, en dégageant avec soin les cheveux de l’oreille, je lui chuchotai à l’esprit :

– Salut, moi c’est le Désespoir, ravi de faire ta connaissance.

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