Après Paris, le charbon et les pipelines, l’EPA s’étouffe ; Trump et Pruitt exhalent

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L’administration américaine s’apprête à faire marche arrière sur une autre législation environnementale passée sous Obama. Un pas vers l’avant pour l’industrie automobile, un recul pour les politiques de protection environnementale.

Après l’Accord de Paris, la déréglementation de l’industrie du charbon et la fin du « Clean Power Act », voilà qu’on s’apprête à détricoter un autre « fardeau réglementaire » de l’ère Obama. L’administration Trump ne finit plus de mettre la hache dans les politiques environnementales de son prédécesseur.

Et pour cause. Le trois avril dernier, le New York Times révélait que l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) serait sur le point de faire marche arrière sur une législation passée sous Obama. Au départ, la loi en question devait encadrer l’industrie automobile par des normes anti-polluantes.

Or, Scott Pruitt, l’homme à la tête de l’EPA depuis janvier 2017 — qui est par ailleurs connu pour son climato-négationnisme — en a fait l’annonce début avril : ce « fardeau » qui pèse sur les constructeurs automobiles doit tomber, croit-il. La raison?

En plus d’être « irréaliste », le projet d’Obama visant à limiter les gaz à effet de serre émanant des automobiles comporte, selon Pruitt, des attentes « trop élevées ».

Dans un document de 38 pages rendu public début avril, M. Pruitt justifie la rétroaction de l’EPA vis-à-vis des politiques environnementales imposées au secteur automobile en martelant que celui-ci était « durement » touché par les diverses normes manufacturières. La moitié du document est par ailleurs consacrée à des citations d’arguments venant du lobby automobile, qui vient s’opposer à la réglementation d’Obama.

« L’EPA veut établir de nouvelles normes nationales qui permettraient à l’industrie automobile d’offrir des véhicules abordables aux consommateurs », soutient Scott Pruitt.

Or, selon plusieurs observateurs, cette nouvelle politique constitue un important recul en matière de protection de l’environnement.

Sans précédent, cette nouvelle mesure — si elle est adoptée —, s’inscrit notamment dans ce tournant d’autodestruction qu’est en train de prendre l’EPA, depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Il faut dire que depuis un an, l’Agence est asphyxiée par la nouvelle administration Trump. Et les réglementations environnementales partent en fumée. Le « Clean Power Act », signé en 2015, a été abrogé par Trump. Nombre de projets d’oléoducs sont passés au vert. Le président américain a donné son aval au projet Keystone XL — qui avait été verrouillé sous Obama. En un an à peine, plus de 700 employés ont quitté l’EPA — 200 d’entre eux étaient des scientifiques. Depuis mai 2017, le conseil scientifique de l’EPA est constitué d’une écrasante majorité de représentants de l’industrie pétrolière. Les règles environnementales mises sur pied pour encadrer l’industrie du charbon ont elles aussi été sabrées.

Sabrer dans la fierté

Sabrer dans la fierté, voilà l’adage auquel semble s’accrocher le nouveau gouvernement américain. « Nous avons éliminé plus de régulations en un an que n’importe quelle autre administration dans toute l’histoire des États-Unis » avait martelé Donald Trump lors de son discours devant le Congrès, le 31 janvier dernier.

Ses déclarations antérieures sur la question des changements climatiques ont défrayé la manchette, au cours des dernières années. En plus d’être un « canular », le bouleversement climatique ne serait qu’une « invention » de la Chine, avait-il dit durant la campagne électorale en 2016.

Durant cette même campagne, M. Trump avait promis de retirer unilatéralement les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat (COP21).

Et il est bien passé de la parole aux actes. En mai 2017, Donald Trump avait rayé son pays du traité climatique, en mettant l’argument économique de l’avant pour justifier le retrait. Prendre le virage de « l’Amérique d’abord » conduit le président américain à l’isolationnisme de son pays vis-à-vis de la scène internationale. Mais s’isoler a un prix : celui de traîner le boulet du deuxième plus gros pollueur du globe.

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En Hongrie, rien n’arrête la démocrature d’Orbán

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Des élections législatives auront lieu en Hongrie le dimanche 8 avril prochain. Depuis son arrivée au pouvoir en 2010, le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, baigne dans la surenchère populiste. Le discours au ton électoral qu’il a tenu le 15 mars dernier en est le parfait archétype. À quelques jours des élections, Viktor Orbán promettait une « revanche sur les plans moral, légal et politique » si son parti est réélu pour un troisième mandat. Une revanche aux accents anti-Europe, mais, surtout, nationalistes. Il n’y va surtout pas de main morte : l’Union européenne (UE), selon lui, « a ouvert la voie au déclin du christianisme » en ouvrant ses frontières aux migrants. Et seul son gouvernement « sait résister à l’envahissement de l’univers islamique ».

Face à la crise de migrants en 2015, la Hongrie d’Orbán s’est montrée des plus réfractaires. Durant la même année, le Conseil européen avait essuyé un refus de la Hongrie d’accepter un quota de près de 1200 réfugiés. À l’heure actuelle, un mur anti-migrants y est installé à la frontière sud. Et qu’arrive-t-il aux migrants qui tentent de déroger à la règle et d’y entrer illégalement ? Ils passent par la prison.

Mais l’intransigeance d’Orbán liée à la question migratoire n’est pas l’unique source d’embarras pour les institutions de l’UE. Depuis huit ans, la démocratie hongroise, elle aussi, se voit acculer au mur — au grand dam de Bruxelles. Et tout semble indiquer que la situation n’est pas sur le point de changer. À l’approche des élections législatives du 8 avril, le Fidesz, le parti de Victor Orbán, caracole en tête, loin devant les autres partis. Fort de sa majorité législative des deux tiers à la Diète, le Fidesz se cramponne certes au pouvoir grâce à sa forte popularité. Seulement, le populisme n’est pas l’unique clé de réussite dans l’équation : le système électoral est d’ores et déjà à la botte du parti.

La démocratie « illibérale » de Viktor Orbán prend ses aises en Hongrie. Et pour cause. Une étude publiée en mars par le groupe de recherche allemand Bertelsmann Stiftung dévoile que le tournant autoritaire du régime est, à l’heure actuelle, au seuil de l’autocratie. Si le Fidesz hérite aujourd’hui d’une forte majorité au Parlement, c’est la démocratie qui a écopé. En novembre 2012, une loi controversée est votée au Parlement : la carte électorale est alors retracée de fond en comble ; les assises du Fidesz se voient consolidées ; l’opposition est réduite comme peau de chagrin.

Cette loi électorale n’est pas sans rappeler la réécriture de la Constitution en 2013, les multiples atteintes à la liberté de la presse et l’effritement de la séparation des pouvoirs. En huit ans, les coups portés à l’encontre de l’État de droit se sont multipliés.

La presse n’échappe pas au collimateur du régime. En automne 2017, une « liste de journalistes ennemis » est publiée par le gouvernement. Leur crime ? D’avoir « discrédité » et « sali » l’image de la Hongrie avec leur « vision altérée de la réalité ».

Contrôler le message, voilà la maxime tacite à laquelle s’accroche Viktor Orbán. Depuis des mois, George Soros, un philanthrope américain d’origine hongroise, est la bête noire du régime de Viktor Orbán. Au point d’en constituer un véritable outil de campagne électorale. Sa faute ? « D’encourager l’immigration illégale » et « d’imposer à la Hongrie le modèle libéral venant de l’Ouest ». « Orbán a décidé qu’il avait besoin d’un ennemi extérieur pour mobiliser sa base, et il l’a trouvé en George Soros », note Frédéric Mérand, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERIUM).

Les ONG, elles aussi, sont visées dans la foulée de cette campagne anti-Soros. Un texte législatif visant à restreindre les organisations « soutenant l’immigration » risque d’ailleurs d’être voté prochainement au Parlement.

Que fait l’UE ?

Si la Hongrie a intégré l’Union européenne en 2004 sous l’étendard des valeurs libérales, son tournant autoritaire irrite aujourd’hui Bruxelles. À l’heure actuelle, la démocratie hongroise « est, sur papier, la plus à risque au sein de l’Union européenne », note Frédéric Mérand. Sur le plan légal, un État membre de l’UE qui ne respecte pas les fondements de la démocratie est passible d’exclusion. Alors, comment Viktor Orbán fait-il pour éviter les sanctions dures de l’UE ? « En ménageant ses alliances politiques », explique le professeur Mérand. Et par la ruse politique.

Au sein du Conseil européen, Orbán compte des alliés de taille. La Pologne, par exemple, qui embrasse elle aussi depuis peu le populisme autoritaire, ne donnerait jamais son aval à l’exclusion de la Hongrie. En clair, l’intervention de l’Union européenne à l’endroit de la Hongrie est circonscrite.

Toutefois, il n’y a pas que le jeu des alliances qui renforce la position d’Orbán. Car même s’il contourne la démocratie par d’autres moyens légaux, « Orbán jouit d’une véritable légitimité démocratique » en raison du soutien fort de sa base électorale. « Ce n’est pas un dirigeant qui a pris le pouvoir par la force », rappelle le chercheur.

En conflit sur la question migratoire et sur les conceptions démocratiques, Budapest et Bruxelles sont-ils donc près de la rupture ? Orbán n’a aucun intérêt à ce que la Hongrie quitte l’UE, et ce, notamment pour des raisons économiques. Son pays est fortement dépendant des fonds européens, et il le sait. Deux visions s’opposent. L’Europe chrétienne vis-à-vis de l’Europe libérale ; voilà le nerf de la guerre. Celle d’Orbán est assombrie par les « nuages noirs » et l’immigration. Celle de Bruxelles est ombragée par le populisme et l’autoritarisme, qui ont le vent dans les voiles.

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